Avis au lecteur : Les textes les plus récents sont en haut de page, si vous visitez cette page pour la première fois, même si chaque texte se suffit à lui même, pour suivre la progression des chevaux, les lire dans l'ordre chronologique est plus cohérent ;)

écrits spontanés en revenant du travail...

22 Août 2018 : Harzo, arabe de trois ans, premières sorties monté

 

Première sortie

 

J'ai pris un peu de retard dans mes écrits, aujourd'hui, l'orage gronde et la pluie arrose les chaumes, l'occasion de vous raconter la première sortie monté avec Harzo. Harzo est un arabe de trois ans qui termine son débourrage. Nous nous connaissons depuis quelques mois, et j'apprécie la franchise de son impulsion et la qualité de ses allures. Très émotif et affectif, il n'est pas craintif et a un mental de battant. Après environ un mois de préparation, mon jeune élève est confiant lorsque je le monte dans le manège au pas aux deux mains. Le montoir et le démontoir ne l'inquiètent plus, ce qui est une étape capitale pour continuer la progression. En effet, l'acte de descendre du cheval, que j'appelle démontoir, demande tout autant d'attention et de préparation que celui de monter. Se retrouver prisonnier d'un cheval qui panique quand on tente de descendre est une expérience assez pénible, surtout quand on travaille seul, donc sans un aide au sol pour tenir et rassurer le cheval. C'est pourquoi, avant de changer de contexte et donc de le confronter à un stress supplémentaire, il faut être sûr de pouvoir descendre de notre cheval.

Après avoir longé et monté Harzo dans le manège, je descends et termine cette étape en le félicitant, nous sortons et je l'enfourche à nouveau une fois dehors. Comme pour tous les chevaux de plus d'un mètre cinquante, j'utilise un montoir (une marche constituée par un cube d'obstacle) afin de ne pas effectuer de traction sur son garrot en me hissant. Par la même occasion, j'économise aussi mes genoux. Un peu étonné que je pratique cet exercice en ce lieu avec lui, mon cheval est un peu sur ses gardes, toute son attention est orientée vers moi, et je prends le temps de décomposer le mouvement, comme à chaque fois, je touche sa croupe avec mon pied en passant le dos, marque un temps d'arrêt, passe la jambe, ne chausse pas l'étrier droit. Je reste quelques instants sur son dos et effectue le mouvement inverse et redescends. Il est resté calme. Je répète l'exercice quelquesfois pour m'assurer que le message est passé : ici aussi, je monte sur ton dos, je redescends, et tu n'as pas de raison d'avoir peur.

Une dernière fois, je me hisse sur son dos, chausse l'étrier droit, le flatte, ajuste mes rênes sans les tendre et lui demande de partir au pas sur indication de ma voix : “au pas” accompagné d'un claquement de langue. Il ne connait pas encore le contact de mes jambes, et encore moins leur message impulsif, ni la cravache, que ça soit sur l'épaule ou sur la croupe. Pour l'instant, pour avancer, étant sur son dos, je n'ai que la voix pour me faire comprendre. Surpris et légèrement inquitet, Harzo se redresse un peu en position d'alerte. Ma main reste attentive mais je lui laisse entière liberté. Reliées à un mors en cuir avec action conjuguée sur son chanfrein, il a appris que les rênes ont pouvoir de décontraction (la main, indispensable qui, par son contact et son intelligence, calme et rassure) de direction, d'équilibrage, et de frein. Jamais elle ne se permet et se permettra de lui imposer une position et de le “placer”. C'est pourquoi, dans la mesure où le jeune cheval ne fait rien de plus que de se redresser, et ce afin de pouvoir mieux voir et analyser ce qui l'entoure et est assis sur son dos, je n'interviens pas. J'attends qu'il ait terminé son analyse et se détende à nouveau pour réitérer ma demande : “au pas”. Dans l'absolu, lorsqu'il est inquiet, le cheval a deux solutions : la première est de se figer, d'analyser et de “surveiller” son environnement, la deuxième est de fuir cet environnement potentiellement hostile à ses yeux (y compris de se débarasser de son cavalier le cas échéant). Dans la situation décrite, ce qui est difficile pour mon élève, c'est de se mettre en mouvement, ce qui implique qu'il aura moins de disponibilité pour surveiller tout ce qui l'entoure, sans fuir radicalement. Il doit apprendre à baisser son niveau d'alerte, à prendre sur lui et à se concentrer sur ma demande. C'est la problématique du débourrage, et, puisque mon cheval a déjà franchi ces étapes de l'apprentissage sur la piste du manège, il décide de partir au pas, marche sur cinq mètres, et s'arrête de lui même. Cela aussi il l'a appris : dans le doute, s'arrêter et réfléchir est toujours une bonne idée. Fuir et bondir est proscrit. J'attends un peu et dis de nouveau : “au pas”, mon cheval s'exécute. Je le laisse marcher quelques foulées et lui demande un arrêt : “chhht”. Rassuré que l'exercice soit terminé, il s'arrête net avec un regard fier : “ça je sais!”. Je le félicite et descends de son dos. Il me remercie d'un soupir quand je lui caresse le front. Toujours le front. La tension est maintenant complètement redescendue. J'en profite pour retourner à l'emplacement du montoir, monte sans hésiter, le flatte, ajuste mes rênes sans les tendre et dis : “au pas”. Ma monture part sans hésiter, nous nous promenons un peu dans l'espace devant le manège, entre voitures, tracteur, calèche et paddocks et me dirige, pour finir, vers le point d'attache, là où, depuis le début de son débourrage, il est préparé chaque jour, sur la dalle sous le toit du batiment. Il hésite, le soleil est intense et la zone indiquée est à l'ombre, sans moi qui le précède à pied, l'espace est perçu différemment. Mais maintenant, je sens que je peux oser et mes jambes viennent un peu au contact, je claque de la langue et me permets d'insister. Je sais qu'il va y aller. Il sait que je suis convaicue, il est prêt, il y va. Première leçon d'impulsion, en situation, cela sollicite sa logique, il apprend qu'il doit y aller parce-que c'est là qu'on le désselle. Beaucoup plus logique que d'accélérer sur la piste vierge d'un manège fermé.

De nouveau, Harzo soupire quand la tension redescends, encore sur son dos, je le flatte et le laisse vivre cette détente avant de mettre pied-à-terre.

 

Au cours des séances suivantes, nous irons un peu plus loin en balade, et nous commencerons à penser au premier départ au trot, je reviendrai ici pour vous le raconter. Quand dehors, il fera de nouveau orage.

 

                                                                                                         Yasmine Coissieux

27 juillet 2018 : Alep, arabe de trois ans, de la longe à la liberté

 

C'était il y a quelques jours déjà, il faisait très chaud mais l'air était pur dans le manège. Alep travaille tous les deux ou trois jours et nous sommes dans la dernière phase de son débourrage: il se laisse tranquillement monter au pas aux deux mains sur un tracé précis.

Ce jour-là, je le fais entrer sellé sur la piste humide et débute, après un temps d'immobilité au centre, une séance de longe. Nous commençons comme d'habitude, et comme avec chaque cheval, par un long temps de pas calme et nonchalent. Nous sommes chacun dans nos pensées respectives, le temps qu'Alep se mette en route. Après environ cinq minutes, je l'invite à passer au petit trot. S'ensuit une séance de longe aux trois allures, transitions montantes et descendantes, variations de diamètres. Mon cheval est calme et docile, je termine cette partie de la séance par un denier arrêt sur le cercle et le rejoins pour le féliciter en rembobinant ma longe.

Nous travaillons déjà ensemble très régulièrement depuis deux ans avec Alep et, depuis ses un ans, date de son acquisition, nous avions entre autres étudié la liberté. Eveillé, intelligent et attentif, il avait rapidement compris et appris les règles, mais était vite devenu chaud et fantasque en raison de ses hormones. En liberté, le rappel et les changements de main dans la volte éveillaient son agressivité, le caresser devenait compliqué car il mordait continuellement, il ne fallait surtout pas lui tourner ne dos... J'avais donc élaboré un système sans rappel, avec arrêt à distance... et des yeux derrière la tête pour terminer la séance sans bosses... pour finalement abandonner la liberté et approfondir le travail à la longe en vue du débourrage. Depuis toujours, quand il est en longe, Alep est beaucoup plus docile et réfléchi, mais, pour plus de tranquilité, nous avons fini par le castrer en Février.

Ce jour là donc, passé le travail à la longe, je décide de le lacher pour qu'il s'exprime un peu en liberté. Lorsqu'il sont sellés, je lache mes jeunes chevaux seulement quand ils ont été détendus en longe auparavant et que je suis convaincue qu'elle ne pourra plus provoquer de mouvements de fuite plus ou moins paniquée. Tant que ce stade de maturité n'est pas atteint (patience!), je reste très attentive au regard du cheval sellé, redouble ma vigilance dans les transitions montantes, calme mon cheval (ma main sur la longe) dès la moindre amorce de tension, lui apprends à trouver le chemin de la décontraction et à déserter celui de la tension. Un cheval qui a paniqué dans ses premiers instants avec la selle, et l'habituation peut, en fonction des sujets, prendre plusieurs semaines, en gardera toujours le souvenir panique et douloureux dans son corps et son esprit. Il ne se démanche jamais par plaisir. Lorsqu'il panique avec la selle, le cheval ressent de la claustrophobie, les griffes d'un lion.

Je n'avais jamais encore lâché Alep avec sa selle, et depuis sa castration, je n'avais que très peu travaillé en liberté avec lui. Mais j'étais confiante et, à ce stade, même s'il fait quelques bonds sellé, cela ne me dérange pas car l'imprégnation est faite. Comme le cavalier plus tard, la selle fait partie de lui et ne peut plus lui faire vraiment peur. Au contraire, lui permettre d'être libre, d'être vraiment lui même et sans contrôle, le confronte aux sensations vraies occasionnées par la selle quels que soient ses gestes. En somme, il est assez mûr dans son apprentissage pour évoluer sans que je le prenne par la main.

Mon cheval est heureux quand je le laisse partir, il se transforme tout à coup en fougueux dragon de manège, galope, virevolte et parade comme s'il était nu. Impétueux, il simule l'attaque au rappel, parfaitement à l'écoute, il suit mes indications à la lettre. Il joue de ses muscles avec bonheur, et qui l'a vu en début de séance perçoit la transformation du cheval studieux à la longe, au cheval heureux en liberté.

Il y a une plaque en bois sur le sol du manège, en position centrale. Alep choisit cet endroit, les quatre pieds dessus, pour s'arrêter. Une expérience à lui. Je le félicite avec admiration! Il a inventé et me propose ses idées. C'est ainsi que nous créons à deux et, les arrêts suivants, je les lui demande sur la plaque! A distance, à la voix et d'un geste. Cela lui plait, il est fier de lui, je suis fière de nous.

 

La séance se termine par quelques méandres et huit de chiffre monté, Alep est de nouveau très sérieux, docile et discipliné... mais pas frustré!

                                                                   Yasmine Coissieux 

23 juillet 2018 : une séance de débourrage avec Luz, pouliche lusitanienne de trois ans

 

Aujourd'hui nous travaillons sans selle, car la peau de Luz est un peu irritée au niveau du passage de sangle. C'est fréquent chez les jeunes chevaux qui n'avaient jamais porté de selle, et également sur ceux, de tous âges, qui ne travaillent pas régulièrement. La peau doit s'habituer au frottement et s'oganiser pour résister. Jusqu'à présent, nous avions fait quelques séances de longe avec apprentissage du port de la selle (sans soucis), apprentissage du filet (d'abord en cuir avec effet conjugué sur le nez et lanière de menton stabilisatrice, très doux pour la langue, les commissures et les barres ; maintenant Verdun brisé en inox classique avec longe accrochée en effet Colbert pour éviter qu'il appuie sur la langue). Je n'utilise pas de muserole, le licol laissé sous le filet et reste lâche.

Après un long temps de travail en longe au pas décontracté (primordial pour commencer le travail à la longe quel que soit le cheval et son niveau, ce temps n'est pas perdu!), j'invite Luz à prendre le petit trot. Dès les premières foulées de pas, je contrôle l'incurvation et la décontraction de sa bouche. Ici aussi, un “classique” incontournable dans ma progression. Tenant ma longe comme si c'était une rêne, je demande des variations de diamètre, de trajectoires, tout en maintenant une activité régulière du trot. Je termine à chaque main avec un petit cercle au pas, toujours en gardant une connexion classique avec la bouche de la jument, et en posant la chambrière sur sa croupe, ses fesses, sous son ventre, sur son dos. Luz ne s'inquiète plus de cela. Elle reste détendue et incurvée, ne se penche pas vers moi et s'arrête à mon signal vocal. Si elle s'était affolée au contact de la chambrière, tentant de fuir (comportement normal pour un jeune cheval, ou un cheval travaillé différemment), la chambrière et ma main sur la longe seraient restées au contact jusqu'au retour au calme.

L'arrêt obtenu, je fais le tour de la jument et la touche partout. Elle reste immobile. Tout cela est intégré.

Luz est une pouliche très vive et éveillée, intelligente et guerrière, elle a un mental optimiste et aime apprendre. Elle comprend vite et est courageuse.

Aujourd'hui je vais aborder pour la première fois le travail à pied en restant au niveau de son épaule, contre elle. Instinctivement, cette position représente pour un cheval “neuf” une agression. Nous ne nous connaissons pas encore depuis longtemps, et Luz est une pouliche qui n'a pas beaucoup été manipulée. Etre contre moi ne l'inquiète plus, mais que je la sollicite à se mettre au pas avec un stick en étant contre elle déclenche d'abord une réaction grimaçante. Elle est très réactive et mon stick la touche seulement. D'abord, elle tente de pousser son postérieur vers moi. Je l'en empêche par un effet de rêne d'opposition (5ème effet qui déplace les hanches et les épaules en direction opposée, c'est à dire que ma rêne droite, moi située à la droite de ma pouliche, doit avoir pour effet de déplacer ses hanches et ses épaules dans un mouvement latéral vers la gauche). J'aide Luz à comprendre en la touchant avec le stick tantôt au niveau de ses épaules (juste en dessous du garrot) pour qu'elle respecte ma “bulle” et ne se penche pas vers moi en me poussant avec ses épaules, tantôt au niveau de ses fesses afin que le mouvement se fasse vers l'avant. Elle couche les oreilles et pense à mordre mon bras une fois, je la corrige en élevant la voix et en repoussant fermement son nez avec ma main qui tient la longe (je ne frappe pas, je repousse donc pas de mouvement brusque). Très vite, la lusitanienne comprend le code et accepte mon leadership en position rapprochée. Aux deux mains, je peux lui demander incurvation, mouvement en avant et déplacement latéral en position d'épaule en dedans. Elle ne se permet plus de me repousser par son inertie (en chargeant et en déplaçant son épaule vers et sur moi), ni par agression (coucher les oreilles et penser à mordre le bras qui tient la longe, diriger ses postérieurs vers moi). Elle est rassurée, parce-qu'elle a compris que je ne comptais pas l'agresser en la sollicitant en position rapprochée (comment pouvait-elle savoir...?), mais juste lui enseigner un nouvel outil de communication sans perdre ma position hyérarchique.

Ce travail en position rapprochée est primordial pour aborder ensuite le travail monté (encore plus rapproché!), c'est une des étapes préliminaires. Double effet positif, elle connait maintenent un peu mieux le rôle de ma main, et l'effet de rêne qui sera la base du travail qui suivra.

Le marcher droit, et ensuite le changement de main à pied, impliquant que je serai située du son côté extérieur, sera la prochaine étape à franchir. Moins facile à accepter que la position initiale (moi à l'intérieur de sa courbe dorsale), elle est aussi plus dangereuse pour moi car la jument sera moins sous contrôle et aura plus d'aisance pour me présenter ses fesses.

Le passage au trot représente également une étape à aborder avec attention, il peut déclencher panique et mouvement de fuite avec coups de pied, une de mes expériences très douloureuses il y a une vingtaine d'années. Un pied dans la tête, un pied dans le thorax, deux mois d'arrêt et des années de douleur en souvenir. C'était arrivé avec un cheval adorable et confiant qui n'avait montré aucun signe précurseur de son acte. C'est ainsi que l'on apprend à parler cheval, à anticiper en appliquant, dans l'ordre, chaque “couche” qui constitue son dressage.

 

Certains chevaux pardonnent nos erreurs de progression, d'autres non et celui qui s'y est heurté ne prend plus de raccourcis, il se méfie de l'eau qui dort ;)

 

                                                                                                                   Yasmine Coissieux

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Yasmine en couverture du premier MIDI en ce début d'année ;)

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